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27/10/2012

Grenouilles de Mo Yan

Voila un livre intrigant. Déjà le titre laisse perplexe mais il s'explique au fil du roman puisqu'il repose sur le son "wa" qui signifie bébé ou grenouille mais avec un idéogramme different. Il faut savoir que les deux jouent un rôle majeur dans ce livre. Et je ne parlerai pas des grenouilles pour éviter de vous dévoiler la fin.

C'est un livre où les personnages se succèdent à un rythme effréné et il est parfois difficile de s'y retrouver surtout lorsque l'on n'est pas familier avec les noms chinois. 

Plusieurs histoires se croisent dans ce roman. Un homme Chinois Têtard  (son nom de plume) écrit à un vieillard Japonais. Têtard voue une grande vénération à cet homme lettré mais on ne saura pas vraiment pourquoi. Même si on peut supputer in fine une relation familale vu les détails de la fin. C'est surtout un prétexte pour que Têtard raconte la vie de sa Tante qui n'est pas une tante mais une grande cousine et également la vie de Têtard. Or la vie de ces deux personnes couvre la période de la fin de Mao (1953), la révolution culturelle, la période de la naissance unique puis enfin notre époque. La tante qui était sage femme, gynécologue va devenir une farouche avorteuse qui ne laissera aucun répit aux femmes qui enfreignent la loi du planning familial. Tout le long du roman on perçoit les rouages de la vie chinoise de ces différentes époques. Où le héros du jour pouvait être l'ennemi de demain. Où les trahisons étaient légions. Où la femme, malgré l'égalité communiste, vaut moins qu'un homme. Surtout lorsque l'on parle natalité et culte des ancêtres. Et même aujourd'hui où un capitalisme effréné cohabite avec un PC politique. 

Bien que ce roman soit tragique par les faits et les atrocités qu'il dénonce. Mo Yan réussit l'exploit de faire sourire le lecteur. Il nous rend compte de toutes ces horreurs et tous ces abus de telle façon qu'il nous donne l'impression d'être dans l'histoire. 

La fin du livre écrite sous forme de pièce de théâtre nous permet à la fois d'avoir le fin mot de l'histoire et l'impact contemporain mais également d'avoir un aperçu / une comparaison entre deux styles très différents et je dois avouer que cette pièce m'a ennuyée par son caractère emphatique. Mais je pense que c'était un choix de l'auteur. 

Ce livre permet de mieux connaitre cette Chine qui est fantasmagorique pour les occidentaux. C'est un livre qui parle de la place et du rôle de la femme, de la famille. 

C'est franchement passionnant. Cela fera parti de mes découvertes 2012. Et je pense comprendre pourquoi il a eu ce Nobel de Littérature. 

La première phrase est la suivante : "cher Monsieur Sugitami Yoshihito, Voila bientôt un mois que nous nous sommes quittés, pourtant je revois très nettement tous ces moments que nous avons passés ensemble dans mon pays natal." 

25/10/2012

Une si longue lettre de Mariama Bâ



Il est rare que je lise des romans africains. Celui ci est encore plus rare, il est écrit par une femme. 

Encore une histoire tragique, décidément en ce moment je ne suis pas dans les livres drôle. Il va me falloir changer, j'aurais besoin d'un peu de gaieté.

Encore sous une forme de lettre. Mais cette fois pour une amie intime et surtout pour décrire des événements  / des traditions et leurs impacts sur cette femme.

Elle est mariée depuis trente ans, elle a neuf enfants de cet homme. Mais depuis cinq ans, il a pris une seconde épouse plus jeune qu'elle. Et ce mari qui voulait absolument l'épouser quand elle était jeune a jeté son dévolu sur une amie de sa propre fille. Ce mari qui devrait prendre soin de ses deux familles et qui ne le fait pas car cette nouvelle famille coute cher, très cher... Ce mari, il est mort et au Senegal commence alors une nouvelle épreuve pour cette femme. Elle va vivre en recluse pendant 40 jours puis subir les demandes en mariage de son beau frère puis de nombreux autres car l'héritage est important.

Cette femme qui a subit beaucoup nous raconte son chagrin face aux trahisons de son mari, ses soucis, ses tiraillements entre tradition et modernité entre la religion et ce qu'en font les hommes. Elle nous parle de ses enfants, de son amie qui a fait un autre choix. Elle nous dit sa douleur, ses doutes...

C'est un livre poignant qui montre comment les femmes sont victimes de ce système traditionnel, patriarcal et où la religion sert de paravent à des choix de société monstrueux où les femmes et les enfants ne sortent pas indemnes. Ni même les hommes qui se servent et souffrent du système. 

Cela me rappelle cette discussion sur un blog où des femmes converties tentaient de justifier la polygamie dans la religion musulmane en expliquant que cela était prévu pour que les femmes plus âgées (la quarantaine) et veuves ne se retrouvent pas seules et esseulées bref que l'homme se faisait polygame par charité musulmane... Du haut de leur moins de trente ans et de leurs certitudes religieuses, elles jugeaient cela très bien.... chez les autres... Parce que bien entendu leur cher mari ne leur ferait jamais cela... Et qu'elles ne l'accepteraient en aucun cas...

Bizarre que la plupart des polygames choisissent des femmes plus jeunes. 

Une première phrase: "Aïssatou, J'ai reçu ton mot"

23/10/2012

La chasse dans les collines de Yasushi Inoué 

Ces deux jours passés au calme m'ont permis de lire deux livres de plus de cinq cent pages chacun, de rédiger neuf notes bref un vrai exploit.

Voici des notes de nouvelles lues il y plusieurs mois. Les nouvelles de Inoué dont j'ai parlé à plusieurs reprises se savourent avec modération car plus que l'histoire, ce qui me plait est ce style fin, élégant et d'une précision étonnante. Ce sont des bijoux

Trois nouvelles pour cette note.

"La chasse dans les collines" au départ récit qui se veut de chasse pour finalement raconter une vie où la chasse joue un rôle surprenant. Et où les auditeurs vont découvrir un inconnu parlant de moments très intimes.

1ère phrase : "Vous voulez m'entendre parler de chasse?"

"Veillée funèbre" est une nouvelle étonnante. Elle narre la fin de vie d'un journaliste du point de vue de sa dernière maitresse qui l'a suivi dans son exil en province. C'est l'occasion pour elle d'essayer de comprendre pourquoi elle a rejoint cet homme et de mettre des mots sur sa douleur et sur cette relation amoureuse complexe. 

L'auteur arrive à nous décrire les tourments de cette jeune femme d'une façon élégante. La première scène du deuil est décrite de telle sorte que l'on sent la surprise montée et l'on se demande qui est cette jeune personne. 

1ère phrase: "Tous les journaux, comme par un accord tacite, annoncèrent la mort de Reizaku Niizu dans des notices similaires en petits caractères au bas de leur page "faits divers"."    

Sannomiya en feu

1ère phrase: "J'étais l'une des figures du Sannomiya de cette époque. 

Sannomiya est un quartier de Kobe. Des jeunes filles, la guerre, la défaite, l'amitié, l'amour, le sexe, la jalousie tout cela dans une ambiance de fin du monde ou en tout cas d'un monde puisque l'incendie dont il est question est provoqué par un bombardement.